Le brodequin

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Le brodequin français 

Sous toutes ses coutures ! 

Ce brodequin français de la tenue de campagne 1912 est issu d’études commencées en 1903 pour remplacer le modèle 1893. Le soulier est désormais plus léger grâce notamment à la réduction du nombre de clous sous la semelle. Lors du conflit, les brodequins connaissent d’autres modifications, en 1915, 1916 et 1917. À cette date, le brodequin français est celui qui s’imposera jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il s’adapte aux nouvelles conditions du conflit, à la boue des tranchées. L’étanchéité est améliorée, les coutures renforcées, le talon est également clouté. Tous modèles confondus, la production de guerre française en brodequins atteint le chiffre de 50 millions de paires.

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Cet objet traduit l’épuisement des soldats de la Première Guerre mondiale. Malgré les moyens de transport modernes (le train et le camion notamment), le combattant de la Grande Guerre doit marcher avec un équipement extrêmement lourd. Au début de la guerre, pendant l’été 1914, il n’est pas rare de parcourir plus de 50 kilomètres. Les témoignages des soldats soulignent cette souffrance. Ainsi s’exprime Émile Dauphin dans La Musette en février 1918 : «  Nos pieds gonflés cuisent dans nos chaussures, heurtent douloureusement à toutes les pierres de la route ».

 

Beaucoup de ces brodequins furent retrouvés sur le champ de bataille, dans les sépultures des soldats, ensevelis avec tout leur équipement.  Mêlés aux ossements, conservés - parfois remarquablement - autour des pieds, ils témoignent alors de la violence des combats de la grande guerre. 

 

 Les brodequins à travers l'argot des tranchées

Arcassines, f. : jambes : « de longues arcassines » ; pieds : Tu vas te faire monter sur les arcassines ! (…) semble introduit par des Champenois et Briards. En avoir plein les arcassines, être excédé ; synonyme de en avoir plein les baguettes, les gambettes, les fumerons, les panards, les rigoberts (mollets). Les Jambes sont dites aussi les misérables : joueurs de misérables, m., Fuyards. (G. Esnault, p. 21)

Bagotage, m. : marches à pied.  Le bagotage, ça me connaït  (voir Bagoter)

Bagoter ou bagotter : marcher, faire des marches. Bagoter ou faire des bagots, c’était, en argot parisien, courir après les voitures pour décharger les bagages et ceux qui faisaient ce métier s’appelaient bagotiers. Le poilu a donné à ce mot une signification nouvelle. Tu parles d’un filon de bagoter dans cette mouscaille, c’est-à-dire ce n’est pas un plaisir de marcher dans cette boue (Pierre Mac Orlan, les poissons morts, p. 217). F. Déchelette, p. 32 (confirmé par G. Esnault, p. 29)

Baguenauder (Se) : marcher, flâner. Mot appliqué ironiquement aux plus fatigantes marches militaires. (F. Déchelette, p. 32).

Bateaux, m. Souliers. On dit aussi : bateaux-mouches. (F. Déchelette, p.37)

Chaussette, f. Il y a deux sortes de chaussettes pour le poilu : la chaussette russe et la chaussette à clous. Pour confectionner une chaussette russe, c’est toute une recette. Découpez dans une chemise que vous balancez (jetez) - c’est la seule lessive connue dans la guerre de mouvement – deux bandes larges comme la main et longues d’environ 80 cm. Il y a une bande pour chaque pied. Après vous être déchaussé, vous vous entourez le pied avec cette bande en commençant par les orteils et en serrant bien l’extrémité : vous continuez à enrouler la bande sur le pied, sur le talon, et ainsi de suite jusqu’au-dessus de la cheville. La chaussette russe est terminée.

Avec cela, vous pouvez marcher à l’aise sans « blesser », vous pouvez aller au bout du monde. Ça a l ‘air très simple, mais c’est assez difficile ; pour savoir bien prendre le talon dans une chaussette russe, il faut une habileté qui n’est pas à la portée d’un bleu. Il y a aussi une autre école : c’est de ne pas porter d’autres chaussettes que ses chaussettes à clous (souliers), en y coulant du suif. On évite ainsi d’user ses chaussettes russes. (F. Déchelette, p. 68)

Russes, f. ; Linges dont on s’enveloppe les pieds (…) ; ces linges sont d’usage normal chez le paysan russe et réglementaire dans l’armée russe. (G. Esnault, p. 218)

Croquenot, m. Soulier. (F. Déchelette, p. 82)

Godasse, f ; Soulier. Ce mot a complètement détrôné les anciens vocables : croquenots, godillots, pompes, tatannes. Le soldat est rarement satisfait de ses godasses, mais il marche quand même. (F. Déchelette, p. 111)

Grolles, s. f. pl. Souliers. (F. Déchelette, p. 115)

Lattes, f. Souliers. (F. Déchelette, p. 128)

Marcher sur la France:  avoir des souliers percés. Cette expression donne une idée charmante du génie de la langue poilue. N’est-ce pas joli de reconnaître dans la poussière ou la boue, sur laquelle on marche avec insouciance ou dédain, la douce terre de France, la France elle-même ? (F. Déchelette, p. 132)

Panard, m : pied. J’ai les panards en malines, j’ai les pieds fatigués, en dentelle (de Malines). Syn. : Pinceau (F. Déchelette, p. 151).  

En provençal panard signifie boiteux. On a d’abord appelé panard le cheval dont les pieds sont tournés en dehors, puis l’homme qui a ce vice anatomique, puis le pied de ce cheval et de cet homme, puis tout pied humain, par la vision enlaidissante qui est un tour d’œil si populaire. (G. Esnault, p. 176)

Paturons, m. : pieds ; - d’où mettre les paturons, Se sauver ; syssémantique : mettre les cales, Partir subrepticement, Abandonner son poste. (…) cales n’est pas un simple remplaçant synonyme de bouts de bois (ni une déformation de cannes) ; les cales, en technologie, donnent du pied aux appareils ; d’où cale, Pied humain, qui n’a pas été attesté jusqu’ici mais qui a donné caleter, Jouer des pieds. G. Esnault, page 182

Péniche, f. : soulier ; Aviat. : surnom de l’appareil Nieuport à deux places. (F. Déchelette, p.153)

Pompes, f. : souliers. Mes pompes. (F. Déchelette, p.169)

Ribouis, m. : souliers. F. (Déchelette, p.184)

Ripatons, m. : pieds. Syn. : panard, pinceau. (F. Déchelette, p. 186)

Tartines, f. : souliers (F. Déchelette, p. 210)

Tracer : marcher. (F. Déchelette, p. 218)

Tricoter : marcher vite, c’est-à-dire faire aller ses jambes comme des aiguilles à tricoter. (F. Déchelette, p. 218)

Tatannes, f. : souliers. Syn. : godasses, godillots, péniches, croquenots, pompes, tartines (F. Déchelette, p. 210).

 

Pour plus d'informations, lire l'article L'argot des poilus ou les mots des tranchées.

BIBLIOGRAPHIE 

François Déchelette, L’argot des poilus, Dictionnaire humoristique et philologique du langage des soldats de la Grande guerre de 1914, Paris, Jouve et Cie, éditeurs, 1918.

Gaston Esnault, Le poilu tel qu’il se parle, © Éditions des Équateurs, Sainte-Marguerite-sur-Mer, 2014.

L’argot de la guerre d’après une enquête auprès des officiers et soldats Albert Dauzat , Armand Colin, 2007

 

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