Un éclat d'obus

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Cet éclat d'obus illustre la guerre industrielle, cette guerre moderne, cette guerre de fer et non de muscles, pour reprendre l'expression de Pierre Drieu La Rochelle, dans son roman La Comédie de Charleroi, publié en 1934. 

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Produits en grand nombre - la France à elle seule en fabrique plus de 300 millions pendant le conflit - les obus sont responsables de 80 % des pertes militaires de la Grande Guerre, toutes nationalités confondues.

On perçoit aisément les conséquences dévastatrices de ces éclats sur les combattants. Projetés à très grande vitesse et portés à l'incandescence par l'explosion, ils causent des dégâts considérables sur les corps et sont le plus souvent mortels. Ils n'épargnent également pas la nature, dévastant là des forêts, ici des champs. 

Ces orages d'acier qui s'abattent sur les fronts changent radicalement et durablement la manière de combattre. Ils contraignent les hommes à se protéger du feu en se couchant à terre. La position verticale, autrefois valorisée, cède peu à peu la place à la position horizontale. Comme le note l'histoirien Stéphane Audoin-Rouzeau, le soldat, recroquevillé sur lui-même, s'écrase contre la terre au moment du danger, au point de ne pouvoir s'empêcher parfois de s'enfouir le corps et le visage dans le sol. 

Il faut également imaginer les sensations olfactives et auditives associées à ces déluges d'obus : odeurs, chaleur, fracas, vibrations qui marquent les hommes et les traumatisent.

Pendant le conflit, certains de ces éclats sont travaillés par des soldats qui les recyclent, même s'il est plus facile de travailler sur les douilles dont le métal est plus souple. 

Au lendemain de la guerre, des fragments d'obus se retrouvent un peu partout dans les zones de combats. Certains s'imposent même comme des symboles des horreurs de la guerre, comme les schrapnell, obus fusant qui libéraient en vol de petites billes métalliques. 

Les obus et leus éclats à travers l'argot des tranchées

Abeille, f. : balle, éclat d’obus. Syn. Dragée, marron, mouche à miel. (F. Déchelette, p.19, confirmé par G. Esnault, page 21)

Cigale, f. : éclat d’obus ; « Un 240 éclate-t-il au bord du parados ? – Une paille, murmure le poilu éclaboussé par les cigales » (G. Esnault, p. 74)

Cigare, m. : obus de 75 F. (F. Déchelette, p. 72)

Coucou, m. : A, Avion, dirigeable (…). B, Canon de 75 (…). C, Éclat d’obus : « entends-tu le coucou ? », un ouvrier nantais, à propos d’un éclat d’obus antiaérien qui retombe en chantant. (G. Esnault, p. 82)

Cygne (faire le cou de) : baisser la tête en vitesse : « Cache-toi, cache-toi, Bedin, fais le cou de cygne ! » Ce mouvement de crainte sous les obus fut jadis le même sous les flèches, et la locution faire la cane peut dater des batailles des plus hauts temps ; il s’agit de la souplesse des canards et cygnes à baisser le col et non pas des plongeons que fait sous l’eau le canard (…). 1, Cane ; 2, Courbette, Mouvement de tête.  Synonyme : saluer, Baisser la tête (en entendant siffler les balles) : « le commandant se promenait debout, sans baisser la tête, sans saluer ». (G. Esnault, p. 91)

Encaisser : A. Recevoir des projectiles. B° Aviat. Souffrir du mauvais temps, de la chaleur en avion. Encaisser des coups durs, des remous. (F. Déchelette, p. 93)

Épluchure, f.  Éclat d’obus. Qu’est-ce qu’ils nous envoient comme épluchures !  (F. Déchelette, p. 94)

Ginglin, m. : obus qui éclate. (F. Déchelette, p. 110) 

Hirondelle, f. : éclat d’obus. (G. Esnault, p. 137)

Hirondelle de cimetière, f. : éclat d’obus de retour. Le peuple nomme en règle générale hirondelle, papillon (de ceci ou cela, papillon de corbillard), l’homme ou la chose qui hante de prédilection (ceci ou cela) : hirondelles de la mort, Croquemorts et Gendarmes de service à une exécution capitale. (G. Esnault, p.137)

Macavoué, m. : obus. (F. Déchelette, p. 131)

Marmites... pots de fleurs... pruneaux... etc, 1914, par Jean Verber, Lithographie, 38,2X 55,5 cm. © Musée de la Grande du Pays de Meaux 

 

Marmite, f. : éclat d'obus

Miaulant, m. : Shrapnell de 77 boche qui fait comme un miaulement en éclatant. (F. Déchelette, p. 140)

Pot de fleur, f. casque du soldat. Dessinateur français, Charles Martin (1884-1934) a livré son récit de guerre dans un livre illustré et intitulé Sous les pots de fleurs, anagramme de Sous les flots de la peur.

Praline, f. : éclat d’obus. Syn : épluchure, abeille, mouche à miel. (F. Déchelette, p. 171)

Pruneau, m. : balle.

Torpille, f. : bombe de tranchée à ailettes lancée avec le canon de 58 millimètres. (F. Déchelette, p. 215)

 

Pour plus d'informations, lire l'article L'argot des poilus ou les mots des tranchées.

BIBLIOGRAPHIE 

François Déchelette, L’argot des poilus, Dictionnaire humoristique et philologique du langage des soldats de la Grande guerre de 1914, Paris, Jouve et Cie, éditeurs, 1918.

Gaston Esnault, Le poilu tel qu’il se parle, © Éditions des Équateurs, Sainte-Marguerite-sur-Mer, 2014.

L’argot de la guerre d’après une enquête auprès des officiers et soldats Albert Dauzat , Armand Colin, 2007

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